Action sociale auprès d’enfants tsiganes

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Cette action s’est appuyée sur l’approche du livre dès le plus jeune âge pour favoriser l’accès à la lecture, à l’écriture et à la scolarisation.
Connaître pour comprendre
Elle est initiée par le service social sur le canton de l’Isle Jourdain depuis plusieurs années à partir des constats suivants :
La culture des gens du voyage est avant tout orale et les enfants ont peu, voire pas du tout de livres chez eux, en dehors des manuels scolaires.
Lors des permanences sociales, des livres sont mis à disposition des enfants ; ils les emportent chez eux après les entretiens. Progressivement, le goût de la lecture se développe et permet d’accéder plus sereinement à la scolarisation.
Il ne fait pas de doute, du moins dans leur discours, que les gens du voyage savent que la scolarisation de leurs enfants est un pas décisif pour leur avenir et leur insertion dans la société.
Comprendre pour agir
Néanmoins, l’école représente une culture différente qui inspire souvent méfiance et hostilité. En effet, même si les blocages par rapport à l’école s’estompent, des représentations et des peurs subsistent :
- de la part de l’enfant qui doit s’adapter :
à une culture écrite alors que l’oral prime chez lui,
à un rythme de vie régulier,
à une discipline qui conditionne ses mouvements et ses modalités d’expression,
à l’autorité de l’instituteur alors que les échanges tsiganes sont plutôt sur la sollicitation et la persuasion,
à une relation individuelle avec l’enseignant alors que le modèle familial est collectif.
- de la part de la famille qui doit passer outre ses appréhensions relatives au mode de vie «gadgé» (non-tsigane) et accepter :
de déléguer une partie de l’éducation de ses enfants à des non-tsiganes,
de ne plus être les seuls à transmettre le savoir, la connaissance qui est traditionnellement le fait du groupe familial,
que son enfant ait accès à un autre savoir,
de ne plus considérer l’école comme une obligation imposée par la loi des gadgés mais en tant que lieu d’investissement,
de faire face aux réactions parfois de rejets d’élèves, voire d’enseignants.
Agir pour aider
L’action lecture auprès d’enfants tsiganes ne résout pas tout mais elle s’inscrit comme un facteur de médiation favorisant la scolarisation et la socialisation.
Depuis plusieurs années, le Conseil Général du Gers, dans le cadre du Programme Départemental d’Insertion, permet d’acheter chaque année, des livres d’occasion auprès de l’association d’insertion Sésame et quelques livres neufs plutôt distribués à Noël. L’assistante sociale, à travers cette action, tisse un lien de confiance avec les familles. Cela lui a permis, au-delà de la distribution d’ouvrages, d’aller lire des histoires aux enfants à leur domicile.
Les petits lecteurs sont très demandeurs de ces moments privilégiés. Malheureusement, le temps manque au service social pour s’investir plus encore dans cette action. Aussi, depuis deux ans, une intervenante bénévole, très motivée, se déplace auprès de quelques familles qui ont adhéré à cette démarche. Elle rend visite aux enfants et, en présence de leur mère, partage avec eux le plaisir de la lecture.
Aider à s’intégrer
Cette année, l’action a connu un prolongement intéressant avec la création par les enfants et l’intervenante, d’un spectacle théâtral issu d’un texte inventé par les enfants. Ce qui corrobore l’assertion de Michel Deutsch* : « Le meilleur chemin pour venir au théâtre passe par la lecture. »
La représentation a eu lieu en juin à la Maison des Associations de Ségoufielle en présence d’habitants, de travailleurs médico-sociaux et de la Directrice de l’école. La petite troupe baptisée « Caravane théâtre » a offert, avec enthousiasme, un spectacle de qualité permettant de valoriser un potentiel certain et de considérer les enfants tsiganes comme les représentants d’une culture riche et différente.
La troupe Caravane Théâtre n’attend plus qu’une chose : créer un nouveau spectacle et remonter sur les planches.
* écrivain et metteur en scène contemporain